Il y a quelque temps, nous sommes allés passer quelques jours Sebta, en marocain, ou Ceuta, en espagnol.
Comme vous pouvez le voir sur la carte, Sebta c'est l'Espagne... mais aussi l'Afrique. Expérience étrange donc, que de traverser cette frontière ultra-surveillée, et passer en quelques minutes du Maroc à l'Espagne. On a d'abord essayé de le faire en voiture, avant de se rendre compte qu'on n'avait pas pris l'assurance internationale (argh). Retour donc à Fnideq, à quelques kilomètres, pour garer la voiture dans un parking surveillé, et ensuite, taxi jusqu'à la frontière. Cette fois-ci, on a traversé à pied, dans les espèces de cages qui vont d'une frontière à l'autre. Ensuite, re-taxi, cette fois-ci espagnol, et arrivée de nuit à Ceuta, ville que j'ai adoré - et pas seulement à cause des bars à tapas. Quelques images pour illustrer le choc culturel...
Et là, au loin, enfin tout près en fait (derrière la colline), le Maroc.
Il y a quelques années je faisais presque quotidiennement le trajet Meknès-Fès. Les deux villes ne sont distantes que d'une soixantaine de kilomètres, mais à l'époque il n'y avait qu'une voie - c'est à dire que les trains ne pouvaient pas se croiser. Les retards s'accumulaient souvent, et l'heure de voyage se transformait en une heure et demi, voire deux heures. Il n'était pas rare que je rentre du boulot vers neuf heures du soir, et que je doive repartir le lendemain matin à six heures. Autant dire que je n'ai pas un bon souvenir de cette ville, parce qu'elle a longtemps signifié fatigue intense pour moi.
(Maintenant il y a deux voies, et des ponts qui racourcissent le trajet; comme par magie seulement une demie-heure sépare Fès de Meknès.)
De Meknès, je ne connais que la ville nouvelle, où se trouve le lycée français où j'ai enseigné. Venez donc visiter un petit peu tout ça avec moi - en ayant une pensée pour les victimes de la catastrophe qui s'est produite il y a deux semaines dans la médina.
Et oui, quand on n'a plus de carte de séjour (dans mon cas, parce que j'ai changé de statut, et mon nouveau contrat ne me permet pas d'être résidente), il faut sortir du pays tous les trois mois.
(Loin de moi l'idée de me plaindre ; le Maroc est beaucoup plus généreux que la France à ce niveau-là.)
Donc, la semaine dernière, après avoir repoussé mon départ au moins trois fois, j'ai réservé une nuit d'hôtel à Tarifa, en Espagne, et je suis partie.
A la gare de Fès, on m'a dit qu'il y avait des innondations sur la voie ferrée entre Sidi Kacem et µTanger; donc, à la place, train jusqu'à Kenitra, puis bus Kénitra-Tanger. Pas de chance, je suis tombée dans le pire train du Maroc - celui qui a les hauts-parleurs cassés et où il fait 5 degrés.
Arrivée à Tanger, formalités nécessaires; ah, voilà mon bateau.
Eh eh, il est beau et il va vite.
Très vite, le bateau - qui est en fait un catamaran géant - s'est rempli, notamment d'une cargaison d'Irlandais qui se sont rués sur le bar et les sandwichs.
J'étais un peu sonnée quand je suis arrivée à Tarifa; il pleuvait beaucoup, alors je me suis assise sur un banc dans le port pour attendre que ça passe.
J'avais photocopié le plan de la ville du Guide du routard, mais évidemment je l'ai perdu quelque part entre Kénitra et Tanger.
Mais en fait je me suis vite rendu compte que je n'aurais pas de problème pour trouver mon hôtel : Tarifa est minuscule.
En tout cas, c'est très joli Tarifa; c'est une ville envahie par les surfeurs en été, mais là il y avait personne.
Voilà, c'est la seule photo que j'ai prise de la ville, et elle est penchée.
Ma chambre d'hôtel était si propre et confortable qu'il m'a fallut du temps pour m'en remettre - je suis trop habituée aux hôtels pourris de Fès et de Casa moi...
Après, je suis allée boire une bière dans un bar ; c'était vide, à part le patron et un bouddha au dessus du comptoir (huit heures du soir, c'est pas l'heure de l'apéro chez les Espagnols).
Petit repas dans un restau entièrement vide aussi; retour à l'hôtel.
Et le lendemain matin, à peine plus de 12 heures après mon arrivée, j'étais à nouveau au port.
Cette fois-ci, j'ai pris en photo la côté marocaine, qui est tellement proche que c'en est troublant.
Ces deux canards (?) semblaient perdus dans la mer.
Quand j'ai acheté mon billet de bateau, le commandant n'était pas sûr de pouvoir naviguer à cause du mauvais temps, mais finalement on est parti quand même.
La mer était déchainée; cette fois-ci, pas de bar ni de sandwich, pour personne. Seules les hôtesses étaient debout, prêtes à nettoyer et à récolter les sacs à vomi.
Je me suis affalée sur mon siège, et je me suis concentrée sur les pubs de parfums qui passaient sur les télévisions.
Après avoir vu Kate Moss et Chloe Sevigny pour la centième fois, je me suis rendu compte qu'on était arrivés et que j'avais pas été si malade que ça.
Mais le soleil n'a pas brillé longtemps. Je me suis endormie dans le bus, pour me réveiller trempée - il pleuvait comme vache qui pisse, et il y avait une fuite près de mon siège.
Ensuite, dans le train, on a traversé les champs innondés, pour être bloqués un peu avant Meknès. La pluie avait emporté une partie du ballast, il fallait attendre que les cheminots arrangent tout ça.
Finalement, je suis bien arrivée à Fès, 36 heures après mon départ, avec un beau tampon tout neuf dans mon passeport.
Grâce à vous, j'ai gagné le concours de blogs "Best of Moroccan Blog Awards", dans la catégorie "Blog Personnel". Je suis si fière et contente ! Oh la la, mon premier "award"... ça fait tout drôle.
Sinon, dans notre petite vie pas si près du puits, qu'est-ce qu'il se passe ? - Bachir va bien. Il a eu un check-up la semaine dernière, et ça a l'air d'aller. - Fouad continue sa petite vie à Ouled Emgatel. Il garde la maison et en prend bien soin. - Fred a commencé aujourd'hui une nouvelle aventure, un documentaire. Mais chut, je n'en dis pas plus. - Quant à moi, je commence bientôt un nouveau boulot, très différent de l'enseignement - je vous raconterai tout très bientôt. -Et la maison supporte apparemment bien les pluies violentes de ces derniers temps. On touche du bois.
Marcher dans les rues de Fès, c'est parfois un peu triste.
Comme Marrakesh il y a quelque temps, Fès vit en ce moment une métamorphose - à cause du tourisme, de la croissance économique de ces dernières -avant la crise-, de l'exode rural.
On construit donc des centres commerciaux, des golfs, des supermarchés, des quartiers résidentiels de luxe - et aussi, des banlieues immenses, pour les classes moyennes et les familles plus modestes.
La médina n'est pas épargnée par ce mouvement, on répare les maisons, on nettoie les rues, et les hôtels et maisons d'hôtes prolifèrent.
Au centre-ville, où j'habite, les vieilles villas et les immeubles de l'époque coloniale tombent les uns après les autres, et sont remplacées par des immeubles tout blancs. C'est vrai qu'il n'y a pas, comme à Casablanca, de chefs-d'oeuvre de l'architecture du début du siècle. Juste des petits bâtiments qui donnent au centre-ville un air de petite ville de province. Difficile de croire, en marchant dans l'avenue Mohammed V, qu'il y a plus d'un million d'habitants à Fès.
Et même si certains immeubles sont complètement délabrés et insalubres, c'est vraiment dommage qu'il n'y ait pas de plan d'urbanisation permettant d'éviter ces destructions.
Un immeuble sur l'avenue Slaoui, en 2005.
Et le même endroit, cinq ans plus tard.
Cette maison, toujours photographiée en 2005, a continué son délabrement tranquillement.
La même en 2010 :
Et quand à la belle maison décrépie (et hantée ?) qui se trouvait en face de la CTM, dans l'Atlas, eh bien trop tard, je n'ai pas pris de photo - et elle a disparu.
Il y a quelque temps, Fred a travaillé sur un projet de site web consacré à la confrérie soufie avec laquelle il travaille, la confrérie des Hamadcha.
On n'avait plus de nouvelles, et puis il y a quelques jours on a appris que le site était en ligne.
Il est entièrement en arabe, mais on peut quand même profiter de quelques belles images : les panoramas 360 degrés réalisés par Sylvain, qui nous emmènent dans le coeur historique de la confrérie, dans deux villages situés près de la ville de Meknès.
D'abord, le mausolée de Sidi Ali Ben Hamdouch, le saint fondateur de la confrérie. Déplacez-vous avec la souris, et vous pouvez passer d'une pièce à l'autre quand vous voyez une flèche blanche.
Ensuite, vous avez le mausolée de Sidi Ahmed Dghoughi, le disciple de Sidi Ali.
- et, toujours dans le rayon soufisme, allez donc voir la vidéo de Fred sur ce même site. Vous pourrez remarquer sa coupe de cheveux démente, et aussi que, sur l'URL du site, "Frédéric Calmès" s'est mystérieusement transformé en "Frédérec Golmez" (dans les deux cas, je ne sais pas ce qui s'est passé...)
Tout d'abord, j'espère que vous avez passé de bonnes fêtes de fin d'année, et je vous souhaite à tous beaucoup de bonheur, de santé, et de réussite pour 2010.
Ici, au Maroc, les fêtes sont passées presque inaperçues. Même si, j'ai l'impression, il n'y a jamais tant eu de décorations de Noël à vendre dans les rayons des supermarchés. Evidemment, on a avait l'intention de décorer notre appartement, voire même de trouver un espèce de sapin de Noël, mais on n'a rien fait avant le jour J. Grâce à des bonnes âmes de passage au Maroc il y a quelques mois, on a pu quand même manger un peu de foie gras - et une bouteille de mousseux espagnol et de la truite fumée de l'Atlas, voilà notre repas de Noël. C'était assez bon; mais on a fini la soirée en regardant Top Chef, en se disant qu'on aurait quand même pu mieux faire.
Pour le réveillon de Nouvel an, on était plutôt épuisés; Fred ayant eu la malchance de se faire voler tous ses papiers quelques jours avant Noël, on a passé une semaine entre diverses administrations, c'était charmant (mais maintenant, c'est réglé, ouf). Et à part des jeunes qui buvaient de la bière dans leur voiture sur un terrain vague à deux rues de chez nous, rien n'a distingué, dans notre quartier, cette nuit des autres nuits d'hiver.
Non, définitivement, il n'y a pas au Maroc cette "odeur de Noël" (et pour cause) qu'on sent dans les rues des villes françaises au mois de décembre, et ça nous a manqué, quand même.
(ça aide pas que les arbres ne perdent pas leurs feuilles et que le soleil brille la plupart du temps. Qu'est-ce que j'aurais pas donné pour quelques tout petits flocons de neige).